Smicval Market : le temple du recyclage

A Vayres, 3 700 habitants, en périphérie de Libourne, en Gironde, sur la rive gauche de la Dordogne, on a pleinement conscience que le recyclage « n’est pas une option mais une obligation ». La petite déchetterie de Vayres fait office de structure innovante et inédite depuis son ouverture récente en avril 2017. Ici on bannit le mot "déchetterie", on lui préfère « Smicval Market » parce qu’il fonctionne comme un supermarché inversé.

Unique en France, le concept s’est imposé par nécessité « en réaction à un risque écologique important » : début des années 1990, le site était une décharge à ciel ouvert, avec 200 000 tonnes de déchets qui prenaient feu régulièrement. Le refus de l’administration d’accorder un permis de construire pour une plus grosse déchetterie classique a finalement inspiré aux élus locaux l’idée du supermarché inversé. L’ADEME s’est enthousiasmée pour l’initiative, soutenant l’investissement à hauteur de 240 000 euros sur un montant total de 1,5 million d’euros, plus cher qu’une déchetterie normale.

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A la croisée des chemins entre les enseignes de distribution dédiées à l’ameublement, au bricolage, à la décoration ou au jardinage, c’est un lieu dont la fréquentation ne relève plus de la corvée. On peut y donner autant qu’y prendre, gratuitement. Tout juste faut-il solliciter une carte d’accès, instituée pour éviter des dérives commerciales. « Objet ou matière ? », « En état ou à recycler ? » « Petit ou gros volume ? » : le visiteur suit un fléchage multicolore peint au sol qui le mène à la « maison des objets ».

Au fil des rayons, on débarrasse le caddie dont on s’est muni à l’entrée des objets devenus inutiles ou sans attrait : livres, CD, DVD, jouets, petit électroménager, vis, boulons, écrous… Au passage, on peut en récupérer d’autres, déposés là. On trouve également des conteneurs pour recycler ampoules et piles usagées ou… gourdes à compote vides.

On passe ensuite par le « préau des matériaux » : vis, boulons, écrous, parpaings, restes de peinture, meubles usagés ou bois de chauffe… Ici encore, on se déleste ou bien l’on trouve la pièce détachée qui nous manquait. Ce qui ne trouve pas preneur sous quinzaine part alimenter des recycleries.

« L’idée de base était de changer de regard sur les déchets, de faire comprendre qu’un objet, un produit ou un matériau peut continuer sa vie chez quelqu’un d’autre que soi, ou sous une forme différente, explique Alain Marois, 68 ans, président du Smicval et cheville ouvrière du projet. Cet outil qu’est le Smicval Market plonge nos concitoyens dans une ambiance différente. C’est un lieu d’éducation à l’environnement, d’échange de savoirs et de partage des bonnes pratiques dans lequel ils reconsidèrent leur geste de jeter comme un geste de consommation ».

120 000 tonnes de déchets par an
« Au départ, on avait calculé qu’on rattraperait le surcoût en 6 ou 7 ans, mais cela va beaucoup plus vite que prévu" avec 120 000 tonnes de déchets par an. "On amène nos concitoyens dans l’économie circulaire alors que dans une déchetterie classique, une fois qu’on a trié déchets verts et gravats, on n’a plus d’autre solution que le caisson “tout venant” à incinérer ou à enfouir. »

Il semble bien que le Smicval Market soit un modèle à suivre ; peut-être lui manque-t-il un atelier in-situ qui permettrait aux artistes de venir faire leurs emplettes et de lancer de nouveaux projets ?



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